Regarde. Regarde juste là. Regarde ce coin de rue, cette terrasse et plisse un peu les yeux pour deviner la table, au fond de la salle, où nous nous sommes assis. Tu es jolie quand tu plisses les yeux, et gracieuse lorsque tu te penches un peu pour deviner dans l’ombre la place où nous étions. Regarde : quelqu’un d’autre est installé à notre place. Quelqu’un efface nos traces en occupant l’espace précis de nos souvenirs. Tu as ris, ici. Je t’ai vue rire. Regarde : tu riais. Comment pourrions-nous oublier ? Tu as ri à toutes les tables. De tout, de rien, des autres et du monde. Et je t’ai regardé rire. Ce sont ces éclats de vie qui font la nostalgie, qui recouvrent pour toujours les paysages. Regarde : c’est dans les recoins, effiloché aux balcons, pailleté sur les pavés, dispersé sur les façades. Des bribes de ton rire, de menus morceaux, à peine des flocons. Mais si, tu vois, c’est ce que tu as laissé derrière toi de joie et qui ne me quittera jamais.
Le souvenir du bonheur, c’est encore du bonheur.
