J’ai écrit cette histoire d’une éternelle fidélité aux sentiments alors que rien n’était plus possible. L’éternel veuvage. Plus jamais, dit le corbeau. Nevermore. C’est le seul mot qu’il a appris. L’éternelle ombre qui ternit le monde et que ne chassera aucune révolte. Il serait vain d’en appeler à la justice, vain d’espérer plus que ce que l’on aura obtenu. Pas qu’il faille se satisfaire : il n’y a pas de choix. Aucune alternative. Et le corbeau à toutes les questions répond : nevermore. Et Baudelaire traduit la sentence : plus jamais. C’est l’oiseau choisi par Edgar Allan Poe qui toque au volet du désespéré. Tu sais : jamais plus. Ne cherchons pas de sens. On apprendrait d’autres mots au corbeau ? Rien ne changerait. Ce plus jamais, c’est le coup franc et définitif du destin : il n’y aura pas de changement. Ne reste que la fidélité à ce qu’on a éprouvé. Digne. Qu’on portera partout avec soi, impossible à partager, lourde masse de fonte brute. On saura. On saura dans sa chair. Plus jamais, ce n’est qu’une autre façon de dire toujours.
