Il faudra penser, chéri, au gazon. Pas tout de suite, bien sûr, mais avant la nuit. Arroser, arroser le gazon. Il a fait si chaud. Je ne voudrais pas qu’il jaunisse comme l’an dernier. Tu te souviens de ce paillasson devant la maison ? J’ai cru qu’il ne reviendrait jamais, qu’il était grillé pour de bon. Des plaques jaunes : c’est tout ce qu’il en restait. On l’a coupé moins ras, cette année, non ? C’est bien. Il résiste mieux. Mais lui faut de l’eau. Pas en pleine journée, pas en plein soleil, mais tout de même, de l’eau. Le tuyau est assez long pour atteindre le fond du jardin. C’est une chance. Oui, une chance ou un calcul. Tu y avais pensé. Bravo. C’est impressionnant que tu penses à ce genre de chose ; moi… enfin, c’est différent. Donc tu vas arroser. Tant mieux. J’aime quand l’herbe est verte et même les pâquerettes et les trèfles. Quelques boutons d’or aussi. Tu sais ce que je faisais avec les boutons d’or quand j’étais enfant ? Je frottais l’intérieur de la fleur sur mon menton, et c’était comme si je l’avais trempé dans le beurre. Du jaune. Un peu vif pour du beurre ? On ne rentrait pas dans les détails. Et tu arrachais toi aussi les pétales des pâquerettes ? Tu pourrais encore. Pour savoir comme je t’aime. Un peu beaucoup à la folie pas du tout… pas du tout ? Allons ne dis pas de bêtise. Va arroser, c’est l’heure. Et reviens vite. Je t’attends pour monter.
