Site icon Sébastien Bailly

394 – Correspondance 19

Correspondance sans correspondante. Lettres en poste restante. Missive to miss. Je ne sais pas si c’est une nouvelle série. Mais je t’écris. Peut-être que tu te reconnaîtras, si tu existes ailleurs que dans ces lettres.

Tu,

Tu n’as pas changé de visage et ta silhouette se découpe toujours pareille dans les contrejours de ma mémoire.

Tu es semblable aux robes d’été que tu portais, identique aux écharpes de laine des hivers rigoureux, à la fois ce sourire à nul autre pareil et ces yeux embués par les contraintes indépassables.

Tu es toutes tes facettes à la fois. Contrariée et légère, inquiète et assurée ; tu es le rire des moments de grâce, la précipitation des agendas surchargés, le temps perdu des chemins de traverse.

Tu es paillettes et soleil, vanille et sarrasin, sarabande et flamenco.

Infiniment présente, douloureusement absente, te voilà remède et maladie.

Ton reflet dans mes larmes, ton écho dans mes joies, un tourbillon, une folie, une asphyxie et une respiration, une raison de vivre. Et d’en finir.

Tu es le brasero, la nuit glaciale, le refuge et le piège, l’espoir et l’amertume.

Tu es la route et le détour. L’oxygène et la suffocation.

Tu es toujours nécessaire, quoi qu’il advienne.

C’est beaucoup, je sais. Nous n’avons pas le choix. Cela résiste à la distance et au temps. Au silence. C’est tragique et c’est beau. Et c’est ce qui nous sauve de la banalité des étoiles mortes.

S.

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