Site icon Sébastien Bailly

Musée imaginaire des outils d’écriture

Atelier des écritures mécaniques

Parce que l’intelligence artificielle répond à nos désirs d’enfant, elle permet d’imaginer ce qui se passerait, ce qui aurait pu se passer, ce qui n’a pas existé mais aurait pu exister. J’ouvre ici un petit musée imaginaire des outils d’écriture. Des outils fictifs, mais crédibles.

1. Le calame à barillet (Mésopotamie, vers 1800 av. J.-C.)

Notice : stylet de roseau et d’os dont la tête tournante porte six profils de coins, permettant au scribe de varier la taille des signes cunéiformes sans changer d’outil.

2. Le stylet-encreur de Kandy (Sri Lanka, XVIIe siècle)

Notice : stylet de fer incrusté d’argent dont le manche creux contient un mélange de suie et d’huile ; une mèche de coton dépose le pigment dans l’incision au moment même où la pointe trace, supprimant l’étape de l’encrage.

3. Le pinceau-peigne des copistes de sutras (Chine, dynastie Tang, VIIIe siècle)

Notice : traverse de bambou portant cinq pinceaux en poil de chèvre, réglés à l’écartement exact des colonnes ; utilisé dans les ateliers monastiques pour tracer les lignes de guidage, puis, selon la légende, pour copier cinq colonnes identiques à la fois.

4. La plume trifide du rubricateur (Bourgogne, XIVe siècle)

Notice : trois tuyaux de plume d’oie réunis par une bague d’os, chacun chargé d’une encre (noir, minium, bleu d’azurite) ; en tournant l’outil entre ses doigts, le copiste passait du texte aux rubriques sans reposer sa plume.

5. Le clavier-éventail Hjorth (Copenhague, 1879)

Notice : concurrente oubliée de la boule à écrire ; quarante-huit tiges de laiton disposées en éventail convergent vers un point d’impression unique, au-dessus d’un cylindre de papier visible, permettant pour la première fois de lire ce qu’on tape.

6. La machine à tambour Huawen (Shanghai, 1934)

Notice : variante concurrente des machines à plateau ; les 2 500 caractères sont répartis sur un grand cylindre horizontal que la dactylo fait tourner à la pédale, la main droite restant libre pour l’index de sélection.

7. La Sokol-12, machine à frappe démultipliée (Leningrad, années 1970)

Notice : machine artisanale dont chaque touche actionne un levier de renvoi ; la frappe, renforcée, traverse douze feuilles pelure sans fatiguer les doigts. Fabriquée hors de tout circuit officiel, on n’en connaît aucun exemplaire déclaré.

8. La machine à écrire N’ko de Kankan (Guinée, 1962)

Notice : machine mécanique conçue pour l’alphabet n’ko, qui s’écrit de droite à gauche ; le chariot avance dans le sens inverse des machines européennes et la tête de frappe permet de lier les lettres entre elles.

9. Le galet à accords (Helsinki, 2004)

Notice : héritier lointain du clavier d’Engelbart ; un objet en céramique tenu dans une seule main, cinq touches sous les doigts, pour écrire en marchant ou en transports, sans regarder. Présenté au public comme une alternative au clavier de téléphone, il n’a jamais dépassé quelques centaines d’utilisateurs.

10. Le souffleur (Europe, années 2020)

Notice : clavier mécanique dont certaines touches s’enfoncent légèrement d’elles-mêmes, sans frapper, pour suggérer la lettre suivante ; l’écrivain choisit de suivre la touche qui s’abaisse ou de l’ignorer. Les rares modèles produits sont vendus avec un réglage pour désactiver la suggestion.

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