L’ordinateur écrivain, personnage de roman

robotL’automatisation du processus de création est au coeur d’un des romans de la rentrée littéraire : Ada, d’Antoine Bello. Du coup, un article assez long, et intéressant d’Annabelle Laurent fait un point sur la question de l’intelligence artificielle au service de la création sur le site de 20 minutes. Continuer la lecture de L’ordinateur écrivain, personnage de roman

Le visage de Georges Lauret

Georges LauretGeorges Lauret, donc, était médecin, chef du service obstétrique de l’hospice de Rouen pendant la seconde guerre mondiale, sous l’occupation nazie. Dans Les Miraculées, c’est lui le héros. Un vrai héros, pas simplement un héros de papier. Un héros avec un visage.

Grands yeux, petite moustache. Ce portrait à la pipe est visible dans un petit cadre à la place centrale dans l’appartement de Gaby à Paris. Gaby qu’il a sauvée, avec sa grande sœur et sa mère. Trois femmes auxquelles il a évité Drancy, Auschwitz, la mort. Continuer la lecture de Le visage de Georges Lauret

Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

Les miraculees cartonLes Miraculées, c’est un récit, pas un roman. Une histoire, mais pas romanesque.

Elle n’est pas construite comme un roman, mais comme on raconte ses souvenirs.

Reconstruite, un peu, embellie, ici ou là, avec quelques mensonges, des approximations, de légères reconstructions, forcément. Le témoignage n’est pas fiable. Continuer la lecture de Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie, Delphine de ViganDe tous les romans de la rentrée littéraire, et il en est d’attrayants, j’ai d’abord lu D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan. C’est une de mes éditrices qui me l’a recommandé. Elle n’avait pas tort. Elle connait mon travail, et elle savait que le livre trouverait en moi un terrain favorable. Elle ne s’est pas trompé. Continuer la lecture de D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Un Livre blanc / Oreille rouge

Je me plonge aujourd’hui dans Un livre blanc, de Philippe Vasset. Et rien ne me déçoit. Il y est question de vagabondages sur ces zones des cartes urbaines où rien n’est indiqué. Des zones vierges, blanches.

Et Philippe Vasset nous livre le récit de ses découvertes. Il va sur le terrain. Il veut savoir. Qu’est-ce qui existe est là, derrière les murs ou les grillages ? Que trouve-t-on où la carte n’indique rien ?

On redécouvre la ville, autrement. Même si ça glace parfois le sang, rien que cela vaut le voyage : un livre d’explorateur des temps modernes qui nous montre près de chez nous ce que nous préférerions peut-être ne pas voir. Mais pas seulement. Car, si le thème m’a plu, le livre, le travail de l’écrivain, n’y est pas pour rien.

Ce livre est un vrai livre blanc, un miroir des zones blanches de la carte. Et c’est là le tour de passe passe réussi de Philippe Vasset : le livre, celui que j’ai lu, celui qui est imprimé, n’est pas le livre dont il est question. Parce qu’au final c’est un livre pour dire que le livre ne s’est pas fait. Il est la description du livre, ou de la manifestation artistique qui aurait pu être le résultat de la démarche d’exploration. Sans rien de définitif. Ce livre est une piste, il trace des chemins, mais ne s’arrête pas.

C’est une friche, un terrain vague, un lieu sans existence définie. Un livre blanc, vraiment.
Et, là, je tire mon chapeau. Philippe Vasset décrit ce qu’il aurait voulu faire, mais n’a pas pu faire. Ici, par exemple : « J’aurais voulu trouver un texte, une lettre, voire de vieilles photos tombées d’un album de famille pour les incorporer à mon manuscrit. Mais rien. » Le Livre blanc est aussi cette description du livre qui ne s’est pas fait.

Notesdelecture

Presque dans la foulée, aujourd’hui, je lis aussi Oreille rouge d’Eric Chevillard. Tout juste sorti d’un carton de la Fnac Saint-Lazare. L’auteur de Palafox livre là lui aussi un récit d’éxploration. Et du coup, il y a comme un écho entre les deux livres. Le héros de Chevillard est comme un négatif du narrateur de Philippe Vasset. Un écrivain, aussi, mais explorateur malgré lui dans un Mali qu’il aimerait peuplé de girafes, de lions et d’hippopotames (mais rien ?). Il n’en verra pas. L’écrivain au Mali tente de prendre des notes, de faire corps avec l’Afrique. (Et dans Un Livre blanc, le narrateur est confronté à d’autres catégories d’exotismes). Il n’y arrive pas. Il est pitoyable et vide là où Vasset trouve moyen de se sortir de l’impasse. Et des phrases de Chevillard, évidemment, sont comme un écho à celles de Vasset.

Chez Chevillard : « Il a le souci constant du livre qu’il est venu chercher là, dont il collecte infatigablement les matériaux. Il ‘a même pas à se baisser. Pour l’heure, il se demande comment lier plus tard toutes ces notes accumulées dans le petit carnet noir. » Oreille rouge, c’est le surnom de cet écrivain raté, ne fera rien de bien intéressant de ces notes. Tout le savoir faire d’Eric Chevillard est de pointer cette vacuité en en tirant un livre drôle et intelligent.

Philippe Vasset n’est pas au Mali, mais aux portes de Paris. Et l’écho est bien là, dans Un Livre blanc : « Une fois la zone blanche localisée, j’essayais de décrire le plus précisément que je le pouvais la configuration des lieux. Je prenais ma mission très au sérieux et m’étais muni de tous les outils de l’exploration traditionnelle : une balise GPS, un appareil photo, ainsi qu’un carnet de croquis où je prenais des notes, effectuais des relevés,et dessinais des plans sommaires. A accumuler ainsi les informations et à me glisser par dessus les murs et les palissades, j’avais l’impression de faire de la géographie parallèle, alternative, à rebours de la science officielle, forcément impersonnelle et réductrice. » On apprend qu’il n’aura pas tout utilisé, et il passe le livre à s’interroger sur quoi faire de toute cette matière.

Et finalement, ni Oreille Rouge, ni Philippe Vasset ne donnent le livre attendu. L’un parce que c’est un personnage sans envergure, l’autre parce qu’il en a trop de talent pour tomber dans le piège. Philippe Vasset, c’est Oreille Rouge qui aurait réussi.

Tous les deux parlent de l’écriture, de son impossibilité, de ses limites au moins, du monde qui se refuse à la représentation, à l’image qu’on en a.


Un Livre Blanc, Philippe Vasset, Fayard, 14 Euros.

Oreille rouge, Eric Chevillard, Editions de Minuit, 6,50 Euros

Je parlais du site web associé à Un livre blanc, ici.

Signature

Signature

Le gobelet d’eau est plein. La liste des journalistes est prête. Les piles de livres sont bien en place. La pièce n’a pas de fenêtre et j’ai quémandé un feutre noir au service de presse. Je me mets au travail : signer les livres. Pour que les journalistes les reçoivent bel et bien. Avec ce qu’il faut, mais pas plus, de personnalisation.

Les plus grands auteurs ont signé sur ces tables. Je griffone très modestement la première page de chaque exemplaire.

Je feuillette aussi pour la première fois ces premiers volumes. Le Meilleur de l’absurde sort le 12 septembre.

Philippe Vasset dans le blanc de la carte

Philippe Vasset est écrivain. Son dernier livre, je ne l’ai pas encore lu. Mais, sans attendre, il faut signaler le site internet associé. Que dire ? Il faut lire l’article de François Bon sur le sujet. Et, ensuite, cliquer sur un site blanc. Là, vous allez découvrir ces lieux que les cartes ne renseignent pas. L’expérience est un peu déroutante, et si elle m’emballe c’est parce qu’elle fixe un moment du lieu… Elle fixe ce qui jamais ne serait fixé, ce qui, littéralement, n’a pas droit de cité sur la carte. Elle le fixe, et elle l’écrit en mélant texte, image, vidéo. C’est l’expérience la plus aboutie d’écriture multimédia que j’ai eu l’occasion de voir.

Les lieux sont perdus, industriels, urbains, sauvages… Je commande le livre de ce pas. Pour moi, c’est clair, il y a là un événement à ne pas manquer.

 

Et je retourne sur ce site blanc.

[MAJ – le 6 septembre : j’ai lu le livre]

Quatrième de couverture

Je vous avais montré la couverture. Voici la quatrième. Celle que l’on lit avant d’ouvrir le livre. Celle qu’on a sous les yeux parce que, déjà, on a décidé, sur la table du libraire, de prendre le livre en main.
Et puis, ça me donne l’occasion de préciser que Le Meilleur de l’absurde sort le 12 septembre 2007. En pleine rentrée littéraire et déferlement de romans en tous genres… Il est déjà en précommande sur Amazon.

Quatrieme

Jasper Fforde, lecture d’été

…Au commencement, il y eut OralTrad, mis à jour dix mille ans plus tard par le biais de la versification (pour une meilleure mémorisation), et rebaptisé OralTradPlus. Des milliers d’années durant, ce fut le seul et unique système d’exploitation narratif,; il est encore en service aujourd’hui. Il y a vingt mille ans environ, le système se scinda en deux : d’un côté avec CaverneBarbouillePro (précurseur de PaontPlus V2.3, VaseGrec V1.2, MarbreSculpt V1.4 et le dernier en date, l’universel SuperExpressionArtistique-5). L’autre branche, les systèmes narratifs picto-phonétiques, débuta avec TabletArgil V2.1 et connut différents stades concurrentiels (TabletCire, Papyrus, VélinPlus) avant de fusionner en un seul système, MANUSCRIT, qui remporta tous les concours et subit huit mises à jour jusqu’à la version V3.5, pour être finalement supplanté par le tout nouveau et nettement supérieur LIVRE V1. Stable, facile à stocker et à transporter, compact et doté d’un index opérationnel, LIVRE domina le marché pendant près de dix-huit cents ans…

Et après ? Après, c’est UltraWXordTM, le système d’exploitation narratif à découvrir dans Le Puits des hisoitre perdues, de Jasper Fforde, traduit par Roxane Azimi. Avec UltraWXordTM, on pense, un peu, au livre électronique. Mais Jasper Fforde, c’est bien plus que ça, et Le Puits des histoires perdues est le troisième volume des aventures incroyables de Thursday Next dans un monde où le Dodo n’a pas disparu, et où les personnages de fiction s’échappent parfois de leurs livres, alors que les personnages réels n’hésitent pas à aller faire des tours dans la fiction…

Dans ce volume, on apprend, enfin, pourquoi on attend toujours Godot, ou ce que cache l’apparence lisse des romans d’Enyd Blyton. La trilogie est à lire, évidemment. La finir aura été, pour moi, un des bons moments de cet été 2007. En attendant la suite, mais il n’y a pas encore de date pour Sauvez Hamlet sur Amazon…

[MAJ] Ce nouveau système d’exploitation narratif nest pas tout à fait sans rappeler Exemplaire de démonstration, de Philippe Vasset, non plus. Même si le bouquin de Philippe est moins drôle.